D’abord occupé par des tribus celto-ligures[1] battues à Aegitna[2] par les légions romaines venues au secours des grecs, le village est par la suite occupé par les Romains qui s’établissent sur le site actuel de Biot[3]. La période qui suit la chute de l’empire romain est trouble et n’a pratiquement pas laissé de traces. Ce n’est qu’à partir du Xème siècle que des cartulaires signalent des noms de lieux biotois tels que Clausonne, Bisoto ou Buzoto[4].

Se développent alors le christianisme et la féodalité. Les terres appartiennent à des seigneurs sous l’autorité du comte de Provence. C’est d’ailleurs ce dernier qui, en 1209, fait donation à l’ordre du Temple d'une partie des terres et droits qu’il possède à Biot. Ainsi, les Templiers fondent ce qui deviendra une des commanderies les plus importantes de la région, accumulant par achats, legs et dons des terres et constituant le territoire qui correspond à la surface actuelle de Biot. Arrêtés en 1308, leurs biens sont attribués aux Hospitaliers Saint-Jean de Jérusalem par le Pape. En 1530 ils deviennent chevaliers de Malte et, avec l’évêque d’Antibes, ils administreront le territoire de Biot jusqu’à la Révolution.

Par ailleurs, en 1348 et 1352, la peste noire décime la population et des compagnies de mercenaires ravagent la région. La guerre de succession de Jeanne d’Anjou aggrave la situation. Biot est finalement abandonnée et ses habitants se réfugient dans la tour de la Garde, près de Villeneuve-Loubet. Pendant près de 80 ans, le village est un repère de brigands et corsaires[5]. En 1470, afin de mettre fin à cette situation, le roi René, Comte de Provence, décide de repeupler Biot et fait installer une cinquantaine de familles originaires d'Oneille (Imperia), leur offrant terres et avantages. C’est avec ce repeuplement que la fabrication de la jarre connait une expansion croissante. Exporté dans toute la Méditerranée, cet artisanat régit l’économie du village et fait vivre la population biotoise. Au XVIIème siècle, la vie connait une importante expansion démographique. Ainsi, en 1696, on y recensait 1600 âmes (sans compter les enfants de moins de 10 ans).

Malgré une économie florissante, les razzias et incursions barbaresques se multiplient. Vandalisé et brulé au cours des guerres de succession d’Espagne et d’Autriche, le village ne compte plus que 700 habitants au XVIIIème siècle et les habitants de Biot doivent se réfugier à Antibes en 1747. Pourtant, malgré ces conditions difficiles, la poterie connait un essor important avec le commerce de jarres et bugadiers vers tout le bassin méditerranéen, les Indes et les colonies des Antilles. Cette activité décroit au XIXème siècle avec la concurrence des futs, citernes et silos. Les potiers se diversifient alors, s’orientant vers un artisanat plus décoratif. Petit à petit, le verre à bulle s’impose comme l’une des spécialités du village qui tire sa renommée de cet artisanat. Aujourd’hui, le village vit toujours du verre et de la poterie, auxquels se sont ajoutés les revenus liés au tourisme.

Malgré les destructions et remaniements auxquels a été soumis Biot, le village a su conserver son aspect médiéval et son parcellaire témoigne encore de cette époque troublée.

Les documents de travail utilisés sont le plan cadastral de Biot de 1813, feuille A, disponible en ligne sur le site des Archives départementales des Alpes-Maritimes et les registres et actes conservés aux archives municipales et départementales.

             1. Le Castrum primitif du XIIème siècle

Le site de Biot répond à un besoin de protection. Il surplombe donc la plaine de la Brague, ce qui lui permet de dominer le territoire jusqu’à la mer. Le promontoire est bordé par deux cours d’eau : la Brague, à l’ouest, et le Vallon des Combes à l’est (Fig. 1). Densément plantés de feuillus et de pins, les environs présentent un couvert forestier indispensable à l’implantation d’une population sur un territoire. C’est donc à cet emplacement stratégique, situé en face de la mer et d’Antibes que Biot se développa, d’abord sur l’extrémité sud-est de la crête puis sur son prolongement nord-ouest.

Fig. 1 : carte topographique de Biot et de la plaine de la Brague 

Fig. 2 : Place des Arcades

La première forme qui se dégage du parcellaire de Biot est celle du castrum primitif. La forme, moins régulière que celle du reste du village, suit une orientation est-ouest selon la crête du promontoire barré sur lequel s’est établie la population.  L’actuelle place des arcades aurait été le siège des Templiers et certaines arcades dateraient du XIIIème et XIVème siècle (Fig.2).

De l’état primitif, l’église est l’élément qui a conservé la forme la plus reconnaissable et dont la trace est toujours clairement identifiable dans le cadastre. Actuellement orientée selon le reste du Castrum du XIIème siècle, c’est-à-dire est-ouest, elle était à l’époque orientée sud-nord (Fig. 3), ce qui justifie cette forme particulière et cette entrée en vestibule. Les évêques d’Antibes en font mention dès 1155 et elle est signalée dans un document du 9 avril 1211 sous le vocable de Sainte-Marie. Cependant, de l’église romane, seul l’emplacement peut encore être deviné, l’église du XIIème siècle ayant été détruite en 1387, restée en ruine jusqu’en 1470 et reconstruite selon un plan différent au XVème siècle.

Fig. 3 : état de Biot au XIIe siècle

Cette reconstruction serait intervenue après la destruction de l’église primitive lors des périodes de guerre et de brigandage traversées par la population biotoise. Un procès-verbal fait en 1411 par les commissaires de l’ordre des Hospitaliers mentionne les destructions dont a été victime le village et précise que l’hôpital possédait une importante maison, avec une chapelle et un oratoire, et que cette maison et ses dépendances avaient été complètement détruites il y 24 ans à cause des guerres, soit en 1387[6]. On sait par ailleurs que la population, faute d’église pour célébrer les offices se déplacera vers la Garde et son castrum. C’est ainsi que le prieur de Biot apparait pour la première fois à la Garde en 1375, sous le nom de « Prior de Bisoto de Garda[7] ».

Le parcellaire des habitations semble s’être organisé autour du noyau créé par l’église. La place de l’Eglise, autrefois appelée petite place est le cœur du castrum médiéval et s’expliquerait par la présence d’un cimetière accolé à l’église primitive (Fig. 3), avant que celui-ci, pour des raisons d’hygiène, ne soit déplacé. La morphologie du parcellaire est irrégulière mais il s’en dégage une orientation est-ouest. Les îlots d’habitation du XIIème siècle n’ont pas de médiane et présentent principalement 3 types de lotissements qui semblent néanmoins se baser sur une mesure de base située entre 8 et 9 mètres de long et 4 et 5 mètres de large. Les autres types de lotissement, en particulier les lots de 16/17 mètres de long sur 5 mètres de large, sont des multiples de cette mesure de base. Les bandes les plus régulières sont celles à l’ouest du castrum, attribuées à la commanderie des Templiers. La bande la plus longue mesure 47 mètres contre 35 mètres pour celle qui lui fait face (Fig. 4). Malgré le fait que certains arcs qui constituent les habitations de ces deux bandes soient datés du XIIIème siècle, il est probable que cet ensemble ait été remanié au XVème siècle, la bande la plus courte suivant parfaitement la ligne nord-sud du parcellaire du XVème siècle. Des réemplois d’éléments lapidaires pouvant fausser l’interprétation sur l’emplacement de la Commanderie ne sont également pas à exclure.

Fig. 4 : Unités modulaires du parcellaire du castrum au XIIe siècle

           2. Le renouveau du XVème siècle

Après une période de troubles et de destructions, le roi René décide en 1470 de repeupler Biot. Il y installe une cinquantaine de familles qui reconstruiront le village et de nouveaux remparts. L’installation de ces nouvelles familles sur le territoire de Biot a conduit à la création d’un nouveau schéma d’arpentage, essentiellement réalisé aux XVème et XVIème siècles.

Fig. 5 : points d'inflexion et d'intersection du parcellaire de Biot

Ainsi, le 24 février 1470, l’évêque de Grasse, coseigneur de Biot autorise les « habitants de Gênes, au nombre de 48, à passer tous actes et transactions nécessaires à cet établissement[8] ». Cette « émigration ligure[9] » se retrouve dans une charte dont l’original n’a pas été retrouvé mais dont le détail nous est parvenu grâce à une copie défectueuse des archives communales de Biot, corrigée par M. R. Busquet d’après une transcription du 18 janvier 1488. Il y est écrit que « les étrangers du Val d’Oneille, peuvent être reçus, à défaut d’éléments provençaux, aussi bien dans l’intérêt du pays où ils veulent se fixer que dans celui des pays voisins et de la Provence ; dans l’intérêt de Biot, village détruit et abandonné où des bandits dissimulés dans des cavernes commettent les pires méfaits, - dans l’intérêt des pays voisins, la zone maritime de la région étant terrorisée par les pirates des nations ennemies... ». Dans cette charte, le roi René autorise les nouveaux habitants du Castrum et leurs successeurs à reconstruire le village, à édifier des fours et moulins, à tenir les terres libres en pleine propriété, à conserver le fruit de leur travail et les affranchit même pendant 20 ans de charges fiscales[10].

Les nouveaux habitants de Biot vont donc entreprendre de reconstruire le village selon un plan défini et remarquablement régulier. Les îlots suivent la crête orientée est-ouest et l’observation du cadastre permet de dégager une régularité dans la morphologie et la métrique du parcellaire. Les trois principales demies-bandes de lotissement allongées structurent l’espace entre le castrum primitif et les remparts du XVIème siècle. On distingue sept demies-bandes orientées est-ouest et ce qui semble être une bande orientée nord-sud, le long du rempart ouest aujourd’hui disparu, divisée par des impasses qui permettent d’accéder aux habitations dans le prolongement des demies-bandes est-ouest. Cette bande, en rupture avec la régularité des bandes est-ouest est probablement venue s’ajouter contre l’emplacement des remparts, dans l’espace laissé pour la défense du village. C’est ce même type d’espace contre les remparts sud qui se devine sur le parcellaire du plan cadastral de 1813, l’espace alors vide aujourd’hui occupé par des maisons construites après la réalisation de la carte napoléonienne.  Les points d’inflexion permettent de confirmer une rupture au niveau de la bande nord-sud qui ne faisait sans doute pas partie du schéma d’arpentage d’origine (Fig. 5).

Fig. 6 : Unités modulaires du parcellaire au XVe siècleLes demies-bandes orientées est-ouest mesurent en moyenne entre 9 et 10 mètres de large (7 mètres sur la partie la plus resserrée), à l’exception des trois bandes au sud du castrum primitif qui mesurent environ 17 mètres de large, soit le double des autres bandes. Il faut néanmoins noter que leurs médianes correspondent aux demies-bandes de 9 à 10 mètres, pour la plupart sans médianes. Il faut donc en déduire que la largeur des habitations était sensiblement la même, soit entre 9 et 10 mètres de large sur les demies-bandes orientées est-ouest. Pour ce qui est de la longueur, les bandes présentent moins de régularité. La rue Lei Croûtons est la seule à couper de façon parfaitement droite les bandes orientées est-ouest. Les deux premières demies-bandes au sud sont coupées en trois parties de dimensions inégales mais à peu près régulières. La troisième demie-bande est quant à elle constituée d’une longue partie de 90 mètres de long sans interruption, puis d’un prolongement de 37 mètres. Elle est doublée en son milieu par le prolongement la quatrième bande qui s’y est accolée. La quatrième bande est quant à elle venue s’adapter au castrum primitif et sa médiane rejoint la limite des premières fortifications. Toutes ces bandes et demies-bandes sont parallèles et suivent la même orientation le long de la crête du promontoire (Fig. 6).

L’église primitive située dans le castrum de Biot est également reconstruite à cette époque. L’architecte de la nouvelle église nous est connu grâce à une inscription encastrée au-dessus de la porte latérale : IHS OCMD VI TADEUS NIGER COMPOSUIT (Fig. 7). On sait de plus que Thadée Nègre et son père étaient spécialisés dans la réalisation d’édifices religieux et il est possible qu’ils soient à l’origine d’autres monuments religieux de Biot et des environs.  

Fig. 7 : fronton de la porte latérale Fig. 8 : dédicace de Mgr Isnard de Grasse

Fig. 9 : place de l'Eglise et entrée ouest

Une inscription scellée à droite du chœur permet de dater cette reconstruction de la fin du XVème siècle et permet de savoir qu’elle fut consacrée le 19 janvier 1472 par Mgr Isnard de Grasse[11]. Cette inscription est confirmée par un inventaire dressé à Biot, en 1659, par Louis Constans, notaire et greffier de la communauté : « une bénédiction et consécration par l’évêque de Grasse, abbé commanditaire de Lérins, d’une place ou rotonde de laquelle le conseil avait délibéré de construire une église, un cimetière et un cloître ; en l’année 1472. Notaire : Bartélémi de Laudes ». La nouvelle église est donc construite selon un plan orienté est-ouest, et une porte est percée sur la place de l’église, devant le cimetière du XIIème siècle (Fig. 9). C’est aujourd’hui encore l’orientation et l’implantation de l’église actuelle (Fig. 10).

Fig. 10 : église Sainte-Marie Madeleine 

Fig. 11 : entrée ouest

La différence de niveau entre le sol de l’église primitive et l’entrée de la nouvelle église sur la place est à l’origine des douze marches qui permettent de descendre dans l’église et qui ne sont pas parfaitement alignées avec le plan du bâtiment (Fig. 11 et 12).

Fig. 12 : plan de l'église Sainte-Marie Madeleine et de ses chapelles

La note de Louis Constans permet en outre de supposer que le cimetière se trouvait encore au cœur du village à la fin du XVème siècle. Il devait pourtant sans doute exister un cimetière extérieur dès la moitié du XVIème siècle, car Mgr de Boussicaud donna l’absoute des morts en 1604 dans un cimetière « entièrement abandonné et profané par les bêtes »[12]. Ce désintérêt du cimetière extérieur s’explique par la volonté des habitants d’être inhumés dans l’église Sainte-Marie-Madeleine. Si certains purent se faire élever de magnifiques tombeaux qui sont les actuelles chapelles de l’église, la plupart des habitants furent inhumés dans la tombe commune des confréries, ensevelis sous les dalles, à faible profondeur. Cependant, ces inhumations laissaient tant à désirer du point de vue de l’hygiène que Mgr Godeau, au XVIIème siècle, fut obligé de les règlementer et obligea la population biotoise à nettoyer ses tombes communes dans un délai d’un mois.

Fig. 13 : cimetière actuel

 En 1643, il interdit finalement les inhumations dans l’église, sans grand succès, car Mgr de Roquemartine constate en 1679 que les dalles de l’église sont disjointes et qu’elles continuent de recouvrir des corps dégageant dans l’église une odeur épouvantable. Finalement, il fut décidé que les paroissiens seraient enterrés dans le cimetière et que ceux qui voudraient être enterrés dans l’église devraient s’acquitter de la somme de 20 sous[13]. On sait néanmoins qu’il existe dès 1795 une personne chargée d’ensevelir les morts[14] et il est possible que le cimetière ait déjà été déplacé hors des remparts du village (Fig. 13).

Quant au cloître, il semblerait que Biot ait accueilli une communauté monastique en la présence d’un prieuré. Plusieurs registres et actes font mentions de ce prieuré[15], ou encore d’une vicairie[16]. Si on admet l’hypothèse d’un prieuré à Biot, on peut se demander si ce qui est définit comme un cloitre n’est pas le bâtiment situé Place Marcel Camatte, derrière l’église (Fig. 14). Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le terme de « claustra », aujourd’hui parfois abusivement traduit par « cloitre », pouvait simplement désigner une clôture.

Fig. 14 : place Pierre Camatte

Les informations relatives à l’église de Biot permettent d’expliquer les places ou espaces laissés vides sur le cadastre. Il en effet fait mention d’un cimetière situé derrière l’église[17]. Or, si au XIIème siècle, l’entrée de l’église se situait au sud et le cimetière à l’ouest sur l’actuelle place de l’église, au XVIIème siècle, l’entrée se situait à l’ouest, ce qui peut laisser supposer que le cimetière qui se trouvait « derrière l’église » était à l’est de celle-ci, soit sous la place Marcel Camatte, d’où cet espace dans le cadastre.

Afin de se protéger, les habitants durent également élever des enceintes défensives autour du nouveau village.  Les remparts de Biot, du fait de leur forme irrégulière, n’ont pas laissé de trace dans le cadastre du village, si ce n’est par les tours dont on voit encore les formes et qui sont toujours en élévation, bien que parfois partiellement ruinées. Leur empreinte est pourtant identifiable, car s’ils n’apparaissent pas sur le cadastre, la plupart des murs défensifs est encore en élévation.  Ils ceinturent la deuxième vague d’habitations du XVème siècle établie autour du castrum primitif (Fig. 15).

 

Fig. 15 : restitution des remparts de Biot

 

porte des tines avant après 1Fig. 17 : porte des TinesJusqu’au siècle dernier, trois portes donnaient accès au village : la Porte Basse, dite porte des Tines (Fig. 16 et 17), construite en 1565, la Porte du Mitan, dite porte des Migrainiers (Fig. 18), construite en 1566 et la Porte du Haut-Village, dite porte du plus haut ou porte de Saint-Antoine (disparue aujourd’hui, elle était située au début de la rue du Portugon et du passage de la Bourgade).

Fig. 18 : porte du Migrainier

Dans une lettre écrite au roi le 3 juin 1592[18],  le duc d’Epernon fait mention des remparts et on sait également que les armées se brisèrent devant les fortifications de Biot et ne parvinrent à s’emparer que de la Bourgade (la Bourgade désignait le faubourg construit hors de l’enceinte des murailles). A ce jour, six tours sont encore en élévation (Fig.19).

Fig. 19 : tours défensives des remparts de Biot

Il faut cependant se demander si ces fortifications ne se sont pas élevées en deux étapes, une première qui longerait la rue Sous-Barri, redescendrait vers la rue des Tines, longerait la rue Sous-Balcon et remonterait par la rue du Portugon, et une seconde, rajoutée peu de temps après qui engloberait une bourgade au sud-est de la commune et qui suivrait le Chemin de Ronde. Le cadastre permet en effet de constater une séparation entre ces deux parties, marquée par un passage plus large que les rues Basses et du Mitan et par une rupture dans la régularité du parcellaire. Si cette deuxième étape dans la construction des remparts s’avérait exacte, on ne pourrait cependant pas la dater d’après 1592, les armées n’étant parvenues qu’à prendre la bourgade située à l’entrée de la Porte de Saint-Antoine et la porte des Tines datant elle-même de 1566. Il faut donc en déduire que si deuxième étape dans la construction il y a eu, elle a été réalisée moins de cinquante ans après les premiers travaux. On peut également envisager que les Biotois aient prévu de construire les remparts au niveau de la rue des Tines, et aient donc délimités leur schéma d’arpentage selon ce premier projet, puis qu’en cours de construction, ils aient réalisé qu’il leur faudrait agrandir le projet initial et étendre l’emprise des remparts à l’extrémité est de la crête. De plus, il ne faut pas oublier que le village est alors en croissance démographique et a de ce fait besoin de nouvelles habitations (Fig. 20).

Fig. 20 : évolution démographique du village de Biot

Par ailleurs, il n’est nulle part fait mention d’un nouveau chantier destiné à l’agrandissement des remparts. De plus, si les habitants avaient décidé de détruire la partie située sur la rue des Tines pour agrandir les fortifications vers l’est, pourquoi ne l’auraient-ils pas fait avec la bourgade située au nord-ouest ? Ce fait peut nous permettre de supposer que les travaux des remparts avaient probablement été commencés au niveau de la Porte Saint-Antoine, puis que le chantier se serait poursuivi vers la porte des Migrainiers, datée de 1565, avant de se poursuivre vers celle des Tines datée de 1656. Et c’est à ce moment que le projet aurait été modifié pour englober la bourgade du sud-est, entrainant ces changements dans le parcellaire. Faute de preuves avérées pour étayer ces hypothèses, la question reste cependant entière.

Le parcellaire médiéval subit peu de modifications dans les siècles qui suivent et le village garde son aspect des XVème et XVIème siècles, même si de nouvelles maisons se sont élevées pour répondre à la croissance démographique de Biot. Le parcellaire actuel encaisse cependant un trou au niveau de la troisième bande, une place appelée « Place de la Catastrophe » (Fig. 21). Cette place ne se voit pas sur le cadastre napoléonien de 1813 car elle fut créée suite à l’effondrement de trois maisons le 12 juin 1898, entre la rue de la Poissonnerie (actuelle rue Vieille Boucherie) et la rue du Milieu (actuelle rue du Mitan), alors que trois familles étaient réunies dans la maison centrale pour la Fête-Dieu. C’est cette maison, sans doute sous le poids exercé par la trentaine de personnes réunies, qui s’effondra, entrainant avec elle les deux maisons qui lui étaient accolées de part et d’autre et n’épargnant que deux rescapés dont un enfant d’un an protégé par son berceau.

Fig. 21 : Biot au XIXe siècle

C’est également au XIXème siècle que sont détruites les Chapelles Saint-Grégoire, Saint-Sébastien et Saint-Philippe, situées hors du village et déjà partiellement ruinées. La chapelle des Pénitents Blancs située au niveau de la Porte Saint-Antoine fut en partie détruite dans la seconde moitié du XXème siècle, mais son clocher triangulaire fut conservé. Ce qu’il reste du bâtiment est aujourd’hui le musée de céramique Biotoise et la place laissée par la chapelle pour le stationnement des bus au XXème siècle a été renommée place de la Chapelle.

Enfin, si l’héritage médiéval de Biot est indéniable tant il a laissé des traces dans le parcellaire actuel, et si les sources écrites permettent de connaitre avec certitudes certains moments clés de l’histoire du village, l’absence de fouilles archéologiques sur l’ensemble du site rend incomplète la connaissance de Biot et ne permet que d’avancer des suppositions quant aux datations et constructions relatives à l’évolution du village. Il faut donc espérer que cet état de fait évolue et nous permette de mieux appréhender la réalité historique de Biot.


Aude Lazaro

 

Bibliographie

 

Durbec, Joseph-Antoine, Monographie de Biot. Première Partie, Histoire et géographie humaine, 1935

Durbec, Joseph-Antoine, Monographie de Biot. Deuxième Partie, Les temps modernes (de 1470 à la Révolution), 1936

Durbec, Joseph-Antoine, Biot : notice historique, Editions Macabet impr.. Vaison-la-Romaine

Papon, Histoire générale de la Provence, T.1, 1776

Prou et Clouzot, Pouillés des Provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, 1923

Tisserand, La Renaissance dans les Alpes-Maritimes, 1878

Walkenaër, Géographie ancienne des Gaules, 1839



[1] « Nicaea tangit Alpes, tangit oppidum Deceatum, tangit Antipolis », Pomponius Mela, De situ orbis, L. II, Cap. V

[2] Aegitna serait le nom du port antique découvert à Vaugrenier : « Aegitna urbem in agro Oxybiorum naves appulererunt », Polybe, Polybii Historiarium reliqua, L. III, Cap. IV

Walkenaër situe cependant Egitna à la Napoule (Aegitnapolis) ou à Agay dans sa Géographie ancienne des Gaules, t. I, p.182. Papon le situe au-dessus de Mougins, se basant sur le nom de Monginum qu’il assimile à Mont Aegitna dans son Histoire générale de la Provence, p. 177-178. C’est une hypothèse cependant réfutable car Mougins n’est ni un port ni située près d’un port. Cluverius, Sardou, Desjardins et Wissowa le situent en revanche à Cannes. La rivière Apron mentionnée par Polybe à proximité d’Aegitna est quant à elle interprétée comme étant le Loup. Il faut cependant noter qu’il existe près de Biot deux cours d’eau situés au lieu-dit les Aspres, ce qui pourrait confirmer l’hypothèse de ceux qui placent le port d’Aegitna à Vaugrenier.

[3] Plusieurs inscriptions romaines ont été trouvées en remploi dans le vieux village, dont un fut en calcaire découvert en 1931 dans la cave de l’ancien château de Biot et portant la mention suivante «  L. AMAENIUS FRONTO ET VILBIA MARCELLA UXOR ET M. AMAENIUS MATURUS M. AMAENIUS OPTATIANUS FILII SIGNUM ARBUGIONIS POSTERUNT. HOC AMPLIUS PAGUS… » Il est possible que le nom d’Arbugio mentionné ici fasse partie des nombreux noms portés par Biot au fil des siècles, tels que Buzot, Bisot, Bisotho, Bisoto, Buzotho, et Bisotto.

[4] Une des premières mentions du nom de Buzoto apparaît dans un cartulaire de 1173 : « Totum quod est a fonte Rusticina usque ad Bragam et usque ad passum de Labagoreda, et Garinos qui morantur in Buzoto cum omnibus que tenent, et pratum cum molandino de Ricsens et omne quod Martinus de Buzot tenet in portu pro Bertrando Agulfi », Gallia Christiana, III, F. 601, v

[5] Gauthier- Ziegler, « Ita quod locus ipse non castrum de Bisoto, sed verius vocabatur spelunca latronum. »

[6] Procès-verbal, par les commissaires de l’ordre des Hospitaliers, 1411 : « Habebat hospitale bonam et notabilem domum cum capella et oratio que propter guerras et habitantes in castro de La Garda, jam sunt XXIIII anni, fuit tonditus destructura. »

[7] Prou et Clouzot, Pouillés des Provinces d’Aix, d’Arles et d’Embrun, p.273-276

[8] Cet extrait figure dans une note d’inventaire des archives de Biot aujourd’hui détruites.

[9] Tisserand, La Renaissance dans les Alpes-Maritimes, 1878

[10] Durbec, Joseph-Antoine, Monographie de Biot. Première Partie, Histoire et géographie humaine, 1935, p.113

[11] ISNARDUS DE GRASSA EPISCOPUS GRASSENSIS CONSECRAVIT 19 IAN. 1472

[12] Durbec, Joseph-Antoine, Monographie de Biot. Première Partie, Histoire et géographie humaine, 1935

[13] Mgr de Verjus, 1687 : « La quantité de corps qu’on ensevelit dans les caves et sépultures, le peu de soins qu’on a de nettoyer celles-ci de temps en temps, et de fermer et de sceller lesdites caves, cela cause une orible et dangereuse infetion dans l’église, dans laquelle on ne peut faire ces prières et le service divin sans une très grande incommodité […] qu’à l’avenir aucun paroissien ne pourra être enterré que dans le cimetière qui est derrière l’église. Ordonnons néanmoins que ceux qui voudront être enterrés dans les caves et sépultures des confréries qui sont dans l’église paieront 20 sous à la confrérie à qui la cave appartient. »

[14] Administration municipale des cantons de Grasse, Document L 1163 du 23/09/1795 du An IV au 22/09/1800 au An VIII, Folio 142 : « Gages de l'ensevelisseur des morts de Biot (5 floréal). »

[15] Document G 0030 du 01/01/1554 au 31/12/1571 « Collation du prieuré de Biot, pour Joseph Grenon (1562). »

Document G 1099 du 01/01/1635 au 31/12/1636 « Mise en possession du prieuré de Biot, en faveur d'Antoine Isnard (1635). »

Document G 0045 du 01/01/1704 au 31/12/1710 « Mise en possession du prieuré de Biot, pour Jean Mérigon (1707). »

[16] Document G 0048 du 01/01/1716 au 31/12/1720 « Mise en possession de la vicairie de Biot, pour Honoré Pugnaire (1719). »

[17] Ibid

[18] « Sire, c’est une place très importante pour la communication d’Italie […] on attaquera ung lieu nommé Byot qu’il a fortifié et sy près de luy que la fumée du canon pourra aller jusqu’aux fenestres de son chemin de Nice. »